Processus & Réflexion

Par Gabrielle Chilinski, 25/11/18




"Dans toute chose il y a une faille. C'est ainsi qu'entre la lumière."


Paroles chanson Anthem - There is a crack in everything. That's how light gets in. - Leonard Cohen



Dans mon travail sur plane, je me suis interrogée sur notre limite éphémère mesurée dans « Measures ». Nous avons fait deux pièces détachées dont l'espace est le seuil entre l’eau et la terre, notre limite a donc une  profondeur même si les algues ne sont pas ancrées dans le sol, cela nous a permis de ne pas la figer. 

Dans la phase "Planes", j’ai décidé de réutiliser la charnière de "Element" comme départ pour créer un plan en mouvement qui montrerait les forces tectoniques de notre site. Après une recherche par processus avec du plâtre pour mieux saisir le mouvement de l'eau qui s'entrechoque avec le sable et y dépose des algues, nous nous sommes rendues compte que celui-ci est instable. Il est évident que notre site possède beaucoup de paramètres incontrôlables et éphémères. Il fallait donc retranscrire cette sensation, cette atmosphère liant instabilité et perte de contrôle.

J’ai voulu continuer le processus de recherche par expérience, mais cette fois-ci avec la photo, en m’inspirant du travail de  Roland Gebhardt sur le vide.

L'utilisation du vide a été un axe central de sa recherche pendant des décennies. Cependant, pour Gebhardt, la coupe est un élément de lien. Il prend des endroits de la ligne et l'attaque. La tridimensionnalité est aussi une des caractéristiques remarquables de son travail, est même certaines de ses sculptures éphémères.



Image Sun Nov 25 2018 22:46:18 GMT+0100 (CET)


Roland Gebhardt ,0030 – Sculpture, 2017 Galeria Karla Osorio Contact gallery


Le vide est lui aussi un plan. Intuitivement, j’ai pris une photo en plan de mon moule de "Measures" et une autre en élévation , j’ai lié le tout et j’ai observé que cela créait un vide (une ligne limite) qui traversait 2 plans fissurés,  les mettant en tension. Le vide est et est n’est pas à la fois, il nous échappe. La fissure est ,par définition, naissante d'une instabilité tectonique.



Image Sun Nov 25 2018 22:46:18 GMT+0100 (CET)




Revenons à la notion d’éphémère, ce qui existe à un moment ponctuel et n’existe plus ensuite, suggérant une infinité de limite possible.  Comment traduire cette notion ? Tout simplement en utilisant le vide (sans limite), le vide qui naît d'une faille entre deux plans qui se superposent.

Concernant le mouvement de la charnière de notre élément, je l'ai suggéré dans mon plan vertical, en obligeant l’homme à s’introduire et sillonner entre la fente du plan vertical qui est le lieu de passage.

J’ai décidé de dimensionner mon plan vertical 4x la taille moyenne humaine qui est de 1m70, afin que l’homme se sente petit est faible face aux forces tectoniques qui régissent autour de lui, afin de ressentir un lieu de passage sans forcément le réduire à une porte. Je me suis d'ailleurs inspirée de Oscar Niemeyer pour le choix du matériau qui serait du béton en taille réel et pour son goût du monumental.


« Quand je dessine, seul le béton me permettra de maîtriser une courbe d'une portée aussi ample. Le béton suggère des formes souples, des contrastes de formes, par une modulation continue de l'espace qui s'oppose à l'uniformisation des systèmes répétitifs du fonctionnalisme international. »

— Oscar Niemeyer, Les courbes du temps (mémoires), 1997




Image Sun Nov 25 2018 22:46:18 GMT+0100 (CET)


Congresso Nacional (Nat'l Congress) Designed by Oscar Niemeyer, Brasilia,Brazil


Il est question d'atmosphère et de ressenti. Coupons la matière, jouons avec le vide, la perspective, laissons-nous envelopper par ces plans qui redimensionnent notre espace et nous déstabilisent par ces failles fragiles qui en même temps sont impressionnantes et imposantes. Perdons le contrôle.


Maquettes testes:


Image Mon Nov 26 2018 13:42:48 GMT+0100 (CET)