• Impressions

    Par Alice Dareys, Isabelle Nguyen , 01/10/18


    Image Sun Oct 28 2018 19:59:23 GMT+0100 (heure normale d’Europe centrale)



    Partant de l’embouchure de la Venoge à Saint-Sulpice, on peut s’enfoncer à l’est dans la forêt qui borde le lac et ses plages de sable fin, ou alors se diriger vers l’ouest, plus résidentiel. Là il n’y a pas vraiment de plage, plutôt des talus couverts d’herbes et de cailloux. On croise un petit bateau de plaisance monté sur ses rails. Ce sont deux longs rubans rouillés portés par une étroite rampe de béton qui plonge en pente douce dans le lac. Ces rails sont faits pour mener les bateaux de la terre à l’eau et de l’eau à la terre. Mais les rails ne guident pas que les bateaux. Les vagues remontent le long du monolithe, parfois très haut sur la rampe, à une hauteur qu’elles n’auraient jamais pu atteindre sans ce dispositif. La forme des vagues se modifie, se transforme en une épaisse nappe d’eau bordée par les deux tiges de métal. L’élément massif et brut de béton et de fer se fait canalisateur et catalyseur du mouvement de l’eau, il devient créateur de ce mouvement. La rampe invite aussi le promeneur à marcher jusqu’à l’eau, à y tremper ses pieds ou à s’asseoir en retrait, voire même à s’allonger entre ses rails. Ce comportement possible, ces positions plausibles, nous pouvons les encourager et les guider en rajoutant d’autres marques, d’autres limites, comme des degrés dans une progression, comme des seuils dans le seuil. Ces marques ce sont des fragments de rails mais qui s’en extraient, se grossissent, s’ancrent dans le sol et s’élèvent au dessus de la rampe à la rencontre du corps qui la parcourt. Le fragment devient élément de cette progression instaurée le long du seuil. Il ne se comprend plus seulement comme partie du rail mais aussi comme partie de ce système de marquage. Ce qui n’empêche pas d’approcher la progression instaurée sur le seuil comme une entité indécomposable, comme le lieu que le corps habite, son élément.